| |
| Jeudi 01 Octobre 2009 |
|
Crise de médecins spécialistes en Nord-Ardèche |
| |
Daniel Breysse, ophtalmologiste
Pénurie de médecins spécialisés. L’ophtalmologiste annonéen Daniel Breysse cesse son activité en fin d’année… sans successeur, alors qu’il faut déjà huit mois pour un rendez-vous. Et le malaise touche toutes les spécialités. Les petites villes sont particulièrement touchées par ce phénomène.
|
 |
|
Daniel Breysse, Ophtalmologie
«C’est ahurissant. Il y a un malaise profond dans notre pays. Je donne mon cabinet d’ophtalmologie. Je donne ma clientèle. Le candidat n’a pas même à aller voir son banquier pour s’installer… et je ne trouve pas de successeur. Pas un seul coup de fil depuis un an que je cherche dans toute l’Europe, par l’intermédiaire des sites et revues spécialisées.» Le docteur Daniel Breysse est désabusé, écœuré.
Jamais le spécialiste de l’œil, établi depuis plus de trente ans sur l’avenue de l’Europe à Annonay, n’aurait imaginé pareil scénario pour sa fin de carrière. Car après plusieurs reports et toujours aussi débordé par les demandes, Daniel Breysse a décidé de prendre sa retraite, à 61 ans. Le cabinet fermera en fin d’année. Il explique, comme s’il voulait s’excuser auprès de ses patients, «L’attente d’un rendez-vous est de huit mois. Mais depuis quatre mois, je n’en donne plus. A moins d’une urgence bien sûr. Je suis le huitième ophtalmo à m’arrêter en Ardèche depuis quinze ans sans qu’un repreneur poursuive l’activité.»
|
 |
|
Les petites villes rebutent
Le robinet de la formation, fermé voici vingt ans en France pour faire des économies, n’est pas la seule explication à la pénurie d’ophtalmologistes à Annonay. Daniel Breysse commente le phénomène : «Les jeunes médecins préfèrent s’établir dans les grandes villes, où les hôpitaux assurent urgences et permanences de soins. Car la prise de gardes en plus d’un cabinet surchargé n’attire plus grand monde. De plus, les grandes villes, possédant davantage de spécialistes, peuvent se permettre d’avoir des plateaux techniques beaucoup plus développés que les petites agglomérations comme Annonay. A Valence, il y a vingt-deux ophtalmos, dont six au centre hospitalier pour assurer les permanences de soins, ainsi que des installations à la pointe !»
|
 |
|
« Des examens au rabais »
Le départ en 1997 de Bernard Faure, puis quelques années plus tard du couple Demillière pour s’établir dans l’agglomération lyonnaise, n’a jamais été compensé. «Avec les deux spécialistes qui ont installé leur cabinet à la clinique des Cévennes, nous sommes trois pour tout le bassin d’Annonay. Mais il faudrait être cinq pour diminuer les délais d’attente raisonnablement», estime le futur retraité, qui n’apprécie guère le projet de confier à l’opticien les examens les plus communs : «Bien sûr, ça coûtera moins cher à la Sécurité sociale, mais on va faire des examens au rabais. Un ophtalmo fait des études de médecine générale avant de se spécialiser. J’ai été médecin généraliste pendant huit ans à Lyon au cours desquels j’ai préparé ma spécialité en quatre ans. L’opticien ne fait que deux ans d’études après le bac. Ce n’est pas la même chose. Sera-t-il capable de dépister un glaucome, dont on sait qu’une détection précoce évite de graves complications ?»
Et de conclure sur un ton fataliste : «Dans le but de réduire le coût, notre système de santé dérive vers ceux des Britanniques et des Américains. Mais je note que nombre d’Anglais viennent se faire soigner chez nous et que seul un tiers des Américains peuvent se faire soigner correctement. On devrait plutôt supprimer les examens superflus, alléger les ordonnances et faire preuve de plus de bon sens pour économiser. Jamais je n’aurais imaginé terminer ma carrière dans une béchamel pareille !»
|
 |
Patrick Charrier, directeur du CH d'Annonay.
Pneumologue, radiologue, neurologue… une quête sans fin
Centre hospitalier d’Annonay. La santé est une question bien trop sérieuse pour la confier aux politiques. Et pourtant, c’est ce que la France continue de faire. Aujourd’hui, le manque de spécialistes dans l’Hexagone est criant. Les directeurs des hôpitaux s’arrachent les cheveux pour pallier les départs à la retraite d’une génération de médecins réputés dans des spécialités comme la radiologie, la pneumologie, la neurologie ou encore l’ophtalmologie. «Dans cette dernière catégorie, le manque est catastrophique, souligne Patrick Charrier, directeur de l’hôpital d’Annonay. Désormais à l’hôpital, nous n’avons plus qu’un ophtalmologue qui vient une fois par mois et que le CHU de Saint Etienne conserve le reste du temps. Sur Annonay, il y a de la place pour deux ophtalmologistes de plus. Mais où les trouver ?»
|
 |
|
Un mauvais choix des politiques
Les raisons de ce manque sont le résultat de choix politiques désastreux réalisés dans les années 1986-1987.
«La suppression de l’accès aux spécialités des étudiants en médecine qui n’avaient pas réussi l’internat a été catastrophique. Ajoutez à cela des grands patrons qui se sont réservé les spécialités - un choix qui allait dans le sens de l’Etat - et vous aurez l’explication de cette pénurie. A l’époque, les gouvernements (gauche comme droite) pensaient qu’en réduisant l’offre, il allait y avoir une réduction de la demande. Aujourd’hui, on constate l’effet catastrophique de ces décisions.» Désormais, les hôpitaux doivent faire face à des situations difficiles. C’est le cas de l’hôpital d’Annonay. «Je suis à la recherche d’un neurologue. Et je ne pense pas en trouver un avant un an si j’ai de la chance», confie le directeur.
|
 |
|
Pillage en règle
Résultat, les hôpitaux français vont chercher des spécialistes en Europe de l’Est, au Maghreb, au Moyen Orient et en Afrique. Un pillage en règle que l’on constate de visu dans les hôpitaux français. Et Annonay n’échappe pas à la règle.
«On a pompé les élites médicales dans de nombreux pays francophones ainsi que dans les pays de l’Est. En radiologie, nous avons le Dr Vytenis Mikalauskas, qui vient de Lituanie, un Rwandais, le Dr Charles Karangwa, une anesthésiste roumaine et un couple de médecins syriens qui a pris en charge l’IRM. Et encore, nous avons de la chance d’avoir recruté ces spécialistes et notamment des radiologues car des grands hôpitaux comme ceux du Puy-en-Velay ou Roanne n’en ont plus. Nous avons évité la fermeture du service pneumologie en recrutant les docteurs Mohamed Khomsi et Georges Khiami. Mais durant de longs mois, nous sommes restés sans savoir si on allait trouver quelqu’un.»
Aujourd’hui, il semble qu’on tente de remédier à cette pénurie en ouvrant par exemple le numérus closus à plus d’étudiants. Mais pour former un médecin il faut huit à dix ans d’études. Et cinq années de plus pour un spécialiste. L’attente est donc encore loin d’être terminée…
Enquête de Yves Rivory et Gwenaël Pocard,
publiée le jeudi 1er octobre (extraits).
|
 |
|
Article publié le 01/10/2009 à 07:02
Auteur : pao pao
Crédits photos : Le Réveil du Vivarais |
 |
| |
|
|
|
|
|
Formation sapeurs-pompiers
|
|
|